mardi 2 octobre 2007

Cliché conversation no 4: Tristesse au bout du fil.

On remet ça. Ça fait un bout d'temps pas vrai?
Ma besace est pleine d'histoires à vous raconter, tristes et joyeuses.
En voici une:

"Tristesse au bout du fil"


Au mois de juin dernier, alors que je cherchais un appartement, je pris l'appareil téléphonique pour activer la recherche:


"Drelin Drelin" (ça se passe en anglais avec fort accent de mon interlocutrice qui roule les "r")

-Allo?

Allo oui bonjour, j'appelle pour votre appartement au sous-sol, je suis passé devant la maison dernièrement, vous habitez au-dessus?

-Oui on habite au-dessus, vous travaillez?

(Un proprio au-dessus, on oublie ça. Mais bizarrement, je poursuis la conversation, c'est mon premier appel; sachant que je n'habiterais pas à cet endroit, je jouissais d'ores et déjà d'une liberté certaine pour la suite de notre entretien, histoire de voir où cela nous mènerait. J'avais un peu de temps devant moi)

Ben pas en ce moment puisque je vous parle. Mais oui, je travaille plein temps en semaine.

-Ah et pour qui vous travaillez?

(Incroyable le sans-gêne des proprios dans un marché qui leur est outrageusement favorable)

Avec Purolator.

-Qui?

Purolator, Postes Canada si vous voulez, vous savez les petits camions blancs avec le nom en rouge là qui se promènent partout... Purolator,Purolator, (Allo j'appelle la terre, Houston, me recevez-vous)

-Oooh yessss, Purrolatorr. Bon trravail ça. Ça bien payé!

Ça être bon emploi permanent indeed, je lui dis. Ça être quarante heures semaine guaranteed.
(Et j'te racontes pas combien j'en bave).Steady job steady job.
Yes, absolutely.

-Good, et vous fumez?

Euh, oui , j'me gratte les fesses aussi, au levé surtout, mais je vois pas pourquoi....(me coupant la parole)

-Ah ça va pas là, cé pas drôle si vous fumez ça va pas, mon mari est allergique, la fumée va monter en haut et il sera allergique, vous comprenez?

Oui ça va pas, je comprend il sera allergique, mais je suis au sous-sol et vous en haut, comment peut-il être allergique en haut si je fume en bas?

-C'est comme ça, il est allergique. Cé pas drôle. Si vous fumez, il sera malade, c'est garanti. Mon mari est très malade vous comprenez et si vous fumez, il ira mal. Il a attrapé le cancer des poumons vous comprenez, êtes-vous déjà allé au Shriners?

S'cusez, où ça?

-À l'hôpital Shriners.

euh non.

-Vous devriez, il y a plein de gens malades là qui veulent parler.

Ben je vais pas à l'hôpital à moins d'y être obligé, c'est pas un endroit où je vais en ballade le dimanche.

-Oui je comprend mais vous savez, le tabac peut vous tuer, vous devez arrêter de fumer sinon vous allez attraper la mort et ya plein de gens qui veulent parler à l'hôpital.

Oui je sais ya plein de gens qui veulent parler partout, mais parler à un hôpital c'est pas le bonheur et la cigarette n'est pas en train de me tueur, la preuve, je fume en ce moment et je sens rien du tout.

-Ah vous devriez pas, très mauvais très mauvais. Cé pas drôle, fumer n'est pas bon pour vous, vous allez mourir si vous n'arrêtez pas!

Votre mari a fumé toute sa vie?

-Non pas toute sa vie mais il est devenu allergique et a le cancer. C'est comme ça.

Ok , mais vous voudriez pas parler de ça à un psychologue à l'hôpital?

-Ils ont pas le temps, ils courent partout.

Je comprend (soupir), mais vous devriez insister pour parler à un psychologue de tous vos problèmes.

-Ils ont jamais le temps. (J'avoue qu'à ce moment, j'ai commencé à m'attendrir)

Vous devriez insister madame. Insistez.

-Cé pas drôle je sais...Vous voulez pas parler avec moi? Vous semblez bien, mais vous fumez.

Oui je fume, tout le monde a ses défauts mais je suis bien...

-Et celui-là en est un gros.

Hum. C'est pas que je veux pas vous parler mais je recherche un appartement et je dois vous quitter bientôt.

-Je comprend...

Je comprend votre désarroi madame, mais vous devriez demander de l'aide à l'hôpital, sérieux là, non mais sans blague, vous pouvez pas rester comme ça, faut faire quelque chose, vous avez pas de famille ici?

-Non, la famille est loin. Très loin.

Où ça si je peux vous demander?

-En Iran et c'est pas facile pour eux non plus.

Je suis désolé de pas pouvoir vous aider plus. Demandez de l'aide au CLSC près de chez-vous si l'hôpital ne vous répond pas.

-CLSC, oui je connais merci. Je vais faire cela.

Oui, svp, bonne chance à vous madame.

-Merci, à vous aussi.

Merci... Bye.

-Bye.


Clic.

2 commentaires:

Jason Béliveau a dit...

Tellement troublant des situations comme ça. J'ai une histoire similaire pendant que j'étais commis de soir au couche-tard il y quelques années. Mais moi contrairement j'ai figé et j'ai joué à l'évasif. Pas très fameux.

Yvan L. a dit...

Ben tu vois Jason, je sais pas comment j'aurais réagi en face à face, mais d'être au téléphone m'est apparu plus facile, sans être moins troublant.