vendredi 3 décembre 2010

Le principe du train (2)

Vous êtes toujours assis, l'inquisiteur de pouvoir
dans l'allée centrale est à votre droite
pendant que le paysage défile vitesse moyenne
à votre gauche par le hublot.
Vous y jetez rapidement un coup d'oeil
pendant que le second s'amène pour porter
main forte au premier.Vous entendez vaguement
ses bottes frayer leur chemin dans l'allée;
des souvenirs muets vous reviennent, le hublot
s'agrandit, l'allée se rétrécit hmm rien de bon
à l'horizon lorsqu'il arrive accompagné
de son visage de marbre, plus grand que le premier.
C'est le second après tout; plus imposant.
Il vous fixe droit dans les yeux en vous disant
dans un français approximatif:

"Vous, avoir czhoses déclarées?"

En une fraction de seconde, le temps
qu'il faut à la moitié des roues pour fouler
trente centimètres de rails vous entrez
dans un état semi-catatonique en accord avec le mensonge
que vous vous apprêtez à dire, conjugué aux souvenirs
que le hublot grandissant de votre mémoire fait ressurgir
dans votre langue:

"Non, je n'ai rien à déclarer".

Il détourna ensuite son regard des gendarmes
vers le hublot défilant pour renouer avec ses rêveries de mémoire.
Erreur. Ne jamais détourner les yeux du pouvoir.
Le premier et le second pénétrèrent si bien
sa cabine économique et exiguë qu'il se retrouva vite
confronté à deux bites sur jambes dans son champ de vision.
Ainsi assis, il préférait de loin la compagnie réconfortante du hublot
à cette photo mal cadrée et d'un goût douteux qui malgré lui
imposa la fouille systématique de ses bagages.

Le temps des Fouines règne, pensa-t'il.
Il est ici désormais ce temps, de l'inquisition sophistiquée,
de la fouille anale par rayons interposés. Tout habillé.

Il vit le Néo-Moyen-Âge et ses souvenirs mélangés
par la lucarne qui lui était momentanément offerte
en même temps qu'il éprouvait résignation et révolte
par son regard sur l'époque qu'il était en train de vivre.

Allez-y fouillez, contrôlez, scannez, reniflez,
(que la pire de mes odeurs vous accompagne)
dites-moi quoi penser et comment agir, mécréants.

Il existera toujours une fenêtre
par laquelle m'échapper sinon,
je la créerai.

.............

Le train roulait inexorablement
en même temps.Vitesse de croisière.
Roues d'acier sur route d'acier et pourtant...
Rien du métal contre métal ne se sentait dans les cabines
à l'intérieur des wagons, le train planait au contraire
sur le confort de la plupart des passagers
occupés à dormir, lire ou triturer
leur Ipod-Iphone-Isuppose, pendant
qu'un pauvre bougre se démenait
avec les autorités dans son tout petit compartiment.

5 commentaires:

gaétan a dit...

Wow! Ça transporte, ça, à matin.

manouche a dit...

"Rien à déclarer", en train ou ailleurs, innocent ou passeur illicite, la phrase qui fait trembler!

Yvan a dit...

Ça doit être assez tripant
de voyager en TGV,à fond
la loco.

RAINETTE a dit...

Ça c'est pas le train de Josélito Michaud dont tu as fait l'éloge il y a un an environ. Mouhaaaaaa

anne des ocreries a dit...

Finalement, nous sommes entrés dans l'Ere du Contrôle - et de la Suspicion.....